Pourquoi compter les piétons en centre ville ?

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Les statisticiens fournissent les chiffres, les planificateurs et les concepteurs analysent les données et font des recommandations ; Les uns ne peuvent travailler sans les autres. Les évènements liés au COVID19 du printemps 2020 nous ont montré que c’est l’analyse des chiffres de propagation du virus qui a permis de mettre en œuvre les actions de confinement, et ont probablement sauvé des milliers de vie. En clair, les mesures facilitent les décisions.

Par analogie, toute communauté qui connaît ses chiffres et les met au service de l’amélioration de la vie de ses citoyens ou de ses visiteurs peut orienter plus finement sa politique et en recueillir les bénéfices sanitaires, économiques, au niveau social et sociétal.

Quelle importance pour la collectivité ? 

Depuis des années, les ingénieurs de la circulation justifient l’élargissement des routes et l’amélioration des voies pour les voitures en se basant sur le nombre moyen de trafics quotidiens. Jusqu’à récemment, cette mesure pour les flux piétons, était difficile à obtenir. Ce n’est plus le cas aujourd’hui avec la technologie et les moyens de communication.

Le comptage piéton permet d’appréhender les flux dans le centre-ville et donc l’attractivité d’un lieu, sa dynamique et sa fréquentation. Même si ces données brutes restent à relativiser, elles fournissent des éléments améliorant la compréhension des déplacements selon les jours de la semaine et selon les heures ; Elles permettent d’identifier les saisonnalités (vacances, été, hiver), de contrôler le succès de certaines animations… ou de certaines implantations de magasins et de commerces.

Il s’agit alors de compter, pour quantifier l’utilisation d’un lieu et essayer de prédire la demande future. Compter dans les rues mais également aux intersections pour comprendre comment se déplacent les piétons. Cela aide les collectivités à comprendre l’utilisation et la demande des infrastructures : trottoirs, passage piétons, voies cyclables ou emplacements des arrêts de transports en commun.

Quelle signification donner aux chiffres

L’utilisation du nombre de piétons est intéressante pour les collectivité et les commerces. Avec l’accroissement des embouteillages et des difficultés à garer son véhicule, de plus en plus de gens choisissent d’y renoncer au profit de transports alternatifs, en mobilité douce. Les chiffres permettent d’identifier l’essor et la puissance de cette évolution des déplacements, et d’adopter des stratégies de reconfiguration des centres urbains en vue d’un développement économique, et de réduction des nuisances environnementales (pollution des gaz d’échappements et pollution sonore).

En outre, mesurer les flux aide à fournir une analyse comportementale sur les déplacements en fonction d’effets externes tels que la météo, mais aussi l’exposition à l’ensoleillement dans la rue, et l’ombre portée par les immeubles suivant l’heure de la journée.

Les collectivités peuvent compter lorsqu’elles veulent attirer de nouvelles entreprises pour implanter des magasins en centre-ville ; le nombre de piétons par jour, par heure, selon les saisons. Ces éléments aident à informer les franchiseurs, les courtiers locaux, sur les intersections où le commerce de détail sera le plus attrayant.

Décrypter les usages : comportement et intégration

Les données collectées aident les communautés à planifier, comprendre et soutenir l’amélioration, l’ajout et l’entretien des installations pour les piétons. Comprendre les schémas de circulation des piétons et les volumes le long d’un corridor et identifier les facteurs de l’environnement bâti qui conduisent à ces résultats. L’exemple des trottoirs bénéficiant de la lumière du soleil en est l’illustration : d’un côté de la rue, le flux des piétons est important, et de l’autre (qui se trouve à l’ombre) il est presque inexistant en raison. Un écoulement d’air qui s’apparente à l’effet venturi.

L’étude permet d’analyser les variations des répartitions horaires, quotidiennes et mensuelles du volume piétonnier. La collecte de données peuvent avoir une variété d’utilisations, notamment : – Analyser l’évolution des flux piétons dans le temps – Constater l’impact de la piétonisation des rues – Identifier les taux d’accident piéton-véhicule selon les emplacements – Prioriser les besoins d’intervention de travaux de reconfiguration des espaces selon les emplacements – Mesurer de l’impact de l’implantation d’un parking – Évaluer la nécessité de traitements ou d’améliorations aux installations piétonnes – Mettre en corrélation les flux avec la météo.

Dans le cas de flux quotidiens liés au travail, les piétons se déplacent selon des liaisons pratiques. Ils cherchent à atteindre leur destination au plus vite, et acceptent mal les détours d’une part, et les temps d’attente aux traversées d’autre part. La sûreté, la sécurité et l’agrément des itinéraires sont d’importance dans les réflexions autour de la meilleure politique d’infrastructure à mettre en œuvre. Ainsi  les personnes âgées ou les personnes à mobilité réduite peuvent rencontrer des difficultés lors des traversées de chaussée, du fait notamment de leur faible vitesse de déplacement.

Parmi les exemples à l’étranger, celui de Vancouver, au Canada, a permis de démontrer que grâce aux mesures de flux, les choix politique étaient plus pertinents. Ainsi, des compteurs de flux ont mis en évidence qu’une voie ouverte aux piétons et aux cyclistes laissait passer 40 % de «voyageurs» de plus, quand elle leur était réservée, plutôt qu’aux automobilistes pris dans un embouteillage. La ville a de fait amélioré la fluidité sur le segment concerné.

Favoriser les déplacements

Les aménagements sont au cœur de la stratégie de comptage des flux de piétons. Financer des travaux d’aménagement des trottoirs en corrélation avec les besoins, sécuriser des intersections, mettre en cohérence la signalisation, ou détourner des voies de circulation pour les réserver aux piétons, sont autant de démarches pour la ville, qui ne peuvent être lancées sans une connaissance de l’affluence.

Savoir que les précipitations peuvent réduire le volume horaire moyen de 13%, ou que les volumes diminuent de 16% pendant les mois d’hiver sont des éléments importants pour une collectivité. Identifier les crêtes matinales, en fin de journée, ou autour de midi permet à la collectivité de prioriser les actions à mener, tant en termes de travaux sur l’environnement urbain, que d’organisation d’évènements festifs.

Les actions qui en découlent concernent ainsi la politiques de sécurité, l’accueil et la propreté, la stratégie de marque et de communications de la collectivité, la production d’événements spéciaux, ou l’attrait des nouveaux commerçants voulant s’installer.

Faciliter et encourager les déplacements des piétons. Il s’agit pour la collectivité de bâtir un mode de déplacement attractif, rassurant où les piétons ne se sentent pas isolés ou en danger. La fluidité des aménagements, sans encombrement ni obstacle, est le gage d’une approche réussie de la politique de la ville.

Les déplacements au cœur du lien social

Parmi les motifs expliquant la présence de piétons dans les centres urbains les samedis, se trouve principalement le shopping et les promenades. Et dans le flot de piétons se côtoient les habitants de ces quartiers, les visiteurs habitués (allant au marché), les personnes originaires des banlieues proches, et enfin les visiteurs occasionnels, hors Métropole ou hors département.

Savoir mesurer les flux permet de savoir où doit se concentrer la surveillance du trafic piétonnier pour répondre à des enjeux de sécurité. Et avec le temps, il est alors possible d’obtenir une base de connaissances solide sur les schémas de circulation des piétons et identifier les zones représentatives pour développer une politique de la ville ad hoc.

Ces éléments facilitent la compréhension des mouvements de population en fonction des circonstances de déplacements : loisirs (promenade et/ou achats), ou travail. Les acteurs publics peuvent également de communiquer toutes ces informations auprès de leurs concitoyens pour apporter de l’attractivité et de la valeur. L’exemple de la ville de Raleigh aux États-Unis pourrait être imaginé en France : Portail communiquant sur les données collectées dans la ville : https://www.downtownraleigh.org/do-business

Ce qu’on peut en retenir…

 Le nombre de piétons est une mesure importante pour la bonne gestion d’une collectivité autant que pour le succès des commerces de devanture. Les personnes évoluant dans un centre-ville renvoient à une réflexion directe sur son succès et son dynamisme. Le résultat permet de démontrer à un commerce qu’il a de bonnes chances de réussir en raison du grand nombre de piétons. A l’inverse, dans le cas d’un faible nombre de piétons, la collectivité peut développer une stratégie de développement économique, et événementiel détail afin de rendre certaines intersections de rue ou certains blocs d’immeubles plus attrayants pour la communauté.

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