Trencube est cité par l’Agence France Presse

AFP, le 16 OCtobre

A l’heure du big data et du datajoumalisme, chiffres et graphiques sont plébiscités par les rédactions pour illustrer et expliquer des phénomènes. Il faut accrocher le lecteur au risque d’approximations, regrettent les experts en statistiques. « Les nombres sont de plus en plus présents, ils peuvent apporter des éclaircissements sur la société. Par contre, leur mauvais usage peut être nuisible. Nous portons tous une responsabilité dans le bon usage des chiffres », a souligné jeudi Marion Selz, statisticienne en sociologie, lors d’un débat aux 8e Assises du journalisme de Metz. Avec le courant d’ouverture et partage des données publiques (Open Data) et la vogue du « moi quantifié » (quantified self), qui permet de mesurer. avec son smartphone ou un bracelet connecté, le nombre de pas quotidiens, les calories consommées ou les heures dormies, les chiffres sont désormais partout. Ce secteur du big data (ou « mégadonnées » en bon français), qui permet de transformer ces statistiques en services concrets pour les citoyens, est comme stratégique pour les entreprises et les administrations. Selon une étude du cabinet Gartner, ce nouvel écosystème devrait générer plus de 4 millions d’emplois dans le monde d’ici à 2015. Les médias aussi se sont mis au journalisme de données Des Décodeurs du Monde au DataStore du Guardian en passant par TheUpshot du New York Times, des rubriques consacrées au datajoumalisme, mêlant textes et infographies interactives, ont vu le jour ces dernières années dans les grands journaux. Contre-enquêter sur les affirmations des hommes politiques, les récentes thèses du polémiste Eric Zemmour ou répondre à des questions telles que « comment votre année de naissance influence vos opinions politiques », beaucoup voient dans ce traitement de l’information le futur du journalisme. – ‘Le big data pousse les journalistes à enquêter’ -« Avec le big data, on a constaté que ça poussait les journalistes à aller enquêter, chercher les chiffres et ne plus se contenter de ce qu’on leur donne », a relevé Béatrice Beaufils, statisticienne en psychologie sociale et membre de l’association Pénombre, qui se veut « un espace de réflexions et d’échanges sur l’usage du nombre dans le débat public ». Mme Beaufils a aussi estimé que les journalistes devaient avoir « un minimum de bagage statistique » ou collaborer avec des experts. Avant de critiquer les approximations constatées dans les infographies de certains médias. « Dans un monde où on est bombardé d’infos, je pense surtout au pourcentage de gens que j’ai réussi à capter. Il faut un compromis entre la bonne visualisation et l’exactitude des chiffres », a rétorqué Karen Bastien, datajoumahste et cofondatrice du studio WeDoData. Au-delà des chiffres fournis par les administrations ou les instituts de statistiques publiques, tels que l’Insee (Institut de la statistique et des études économiques), des start-up proposent de nouveaux outils de mesure qui peuvent être utilisés par les médias. Ainsi, TrenCube, entreprise basée à Toulouse, a créé un boîtier qui permet de compter de façon anonyme les smartphones se trouvant à 40 mètres à la ronde. Principalement destiné aux commerçants pour dénombre la fréquentation de leurs magasins, le boîtier a récemment été testé pour compter le nombre de manifestants via leur téléphone. Si cette méthodologie a ses détracteurs, qui soulignent que tout le monde n’a pas de smartphones, elle offre une alternative aux journalistes, réduits à donner les chiffres de la police et des organisateurs. Avec des écarts parfois caricaturaux. « Lors de nos tests, on est arrivés à des chiffres très proches de ceux de la police, a confié à l’AFP Guillaume Lebret, pdg et fondateur de TrenCube. Une autre start-up, lancée par des Français à New York, va plus loin. Placemeter propose de rémunérer jusqu’à 50 dollars (40 euros) par mois les New-Yorkais disposant d’une fenêtre avec une vue sur des commerces ou sur une rue passante et qui acceptent d’y placer un vieux smartphone pour capter le flux de piétons et de voitures.